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L’itinérance du jeu

L’itinérance du jeu… l’idée en fait rêver beaucoup

kind beim spiel

Expérimenter, manipuler, observer, inventer… laissez-moi jouer, juste pour le plaisir !

Peut-être que transporter les jeux à la rencontre des publics, dans les campagnes, les quartiers, les squares, les parcs, les écoles ou autres structures, dans un camion, un bus, une caravane ou encore mieux, une roulotte, … présente un air de poésie.

L’itinérance du jeu offre quelque chose de singulier,  c’est peut-être cela qui plaît : partir, arriver, voyager, faire voyager les jeux, transmettre, faire découvrir, raconter,  rencontrer, échanger… Tel un spectacle qui arrive à la porte de celui qui se rend disponible,  la ludothèque éphémère s’installe pour un temps, et, repart vers d’autres contrées, vers d’autres publics!  A chaque fois, elle est attendue !

Cela me fait penser aux camions (épicerie, boulanger, bibliobus, cirque, …) qui venaient souvent dans les campagnes (il y a déjà quelques années, certes), ou qui viennent encore,  quelques fois rompre le quotidien (ou oser rompre – mais c’est merveilleux!). Ce passage impromptu offre une pause, une parenthèse. Les nouvelles arrivent au gré des rencontres, les échanges se créent, la découverte et le plaisir d’être (enfin),  permettent de créer du lien.

Ainsi, le ludobus, ce grand « coffre de jeux à roulettes » vient délivrer ses richesses, ses secrets. Ses portes s’ouvrent, les yeux s’émerveillent, et la magie opère!

C’est sûr on va passer un bon moment!

Mais c’est quoi un ludobus ou une ludomobile ?

  1. Un ludobus, c’est une ludothèque itinérante dans un grand véhicule aménagé pour présenter des jeux ou des jouets et  jouer à l’intérieur (type bus à étage, car, grand camion, roulotte, …)
  2. Une ludomobile est un véhicule qui sert à transporter des jeux ou des jouets vers un lieu (une salle, une place, un jardin, …) qui abritera pour un temps limité une ludothèque éphémère.
garçon et voiture à pédales

Je viens vous voir !

Il est conseillé d’avoir un véritable lieu de stockage pour entreposer la collection qui sert à enrichir le fonds du ludobus, lorsque les jeux partent en prêts en nombre.

Ce local doit être facile d’accès pour faciliter le transport du matériel (avec des chariots), donc de préférence  au rez de chaussée. Ce lieu doit être chauffé pour la préservation des jeux, il doit être doté d’étagères,  de bureaux ou de tables de travail, d’une connexion téléphonique, d’un ordinateur et d’une imprimante pour assurer la préparation et l’entretien des jeux ainsi  que la gestion du service d’itinérance. Dans la mesure du possible ce local bénéficie d’un éclairage naturel. Il faut aussi prévoir un garage pour le véhicule.

Le ludobus (ou la ludomobile) présente des avantages  pour des  communes qui veulent mutualiser leurs moyens avec des objectifs communs. Ceci permet de desservir les communes les plus éloignées d’une communauté ou d’une ville centre.

L’avantage de ces ludothèques itinérantes, c’est qu’elles peuvent toucher des populations isolées socialement ou géographiquement dans des villages très retirés.

Cette solution, peut être très bien, si les moyens accordés sont à la hauteur du projet et de sa philosophie. C’est donc un véritable choix de mettre en place ce service, au même titre que la mise à disposition d’un bibliobus.

Pour un fonctionnement optimal, il est nécessaire de recruter des ludothécaires formés, qui assureront la médiation autour du jeu. Un chauffeur devra être disponible pour conduire le grand véhicule (permis spécial), l’idéal étant d’avoir dans l’équipe un ludothécaire – chauffeur !

Avant de se lancer dans cette aventure, il vaut mieux en mesurer tous les enjeux.

La réussite de ce service ludothèque itinérante est surtout liée aux moyens accordés pour son fonctionnement. Un ludobus nécessite la volonté des décideurs de voir ce service fonctionner (pas avec des bouts de ficelles, mais avec de véritables moyens), du personnel en nombre motivé, des moyens financiers pour l’investissement et le fonctionnement.

Un plan de communication devra être mis en place avec  un marquage du véhicule pour l’identifier comme étant « ludobus », des flyers pour informer la population du jour et de l’horaire de passage dans la commune, des informations à jour sur des sites internet dans le but de maintenir une valorisation permanente du service.

Il existe sur le territoire national des ludobus qui fonctionnent bien, animés par des ludothécaires expérimentés, très motivés et passionnés. Pour faire ce métier, il vaut mieux être en bonne forme, car cette gestion nécessite beaucoup de manipulations matérielles.

Ce fonctionnement a aussi ses limites. Il faut porter sa vigilance sur les salles qui servent de lieu d’animation, afin qu’elles soient bien adaptées :

  • Faire attention aux prises électriques en bas des murs, non réglementaires pour l’accueil des tout-petits,
  • Veiller à limiter les zones de jeux sur du carrelage froid l’hiver ou prévoir des tapis épais pour pallier cet inconvénient,
  • Prévoir le lancement du chauffage des salles en amont ou prévoir un chauffage d’appoint pour l’hiver,
  • Prévoir un accès facile en camion  pour décharger les jeux à l’aide de chariot (se faire aider éventuellement),
  • Réserver les salles 3 à 6 mois avant pour avoir la disponibilité des lieux,
  • Prévoir une décoration pour personnaliser les lieux et les rendre plus gais!
  • Aménager les lieux avec un parcours évolutif du jeu pour en faire un espace relationnel,
  • Identifier l’action de la ludothèque par une communication visible,

Il est nécessaire de prendre en compte l’investissement du véhicule qui peut être important, selon son volume. Les dépenses récurrentes (carburant, entretien, chauffeur) sont une charge à intégrer au projet. Ce coût d’exploitation peut être élevé dans certains cas.

Lorsque tous les moyens sont réunis pour assurer ce service, le ludobus est un formidable outil de médiation autour du jeu. Le Ludobus permet de transmettre la culture ludique, c’est donc une démarche culturelle intéressante. Les visites impromptues dans les parcs, squares, villages offrent aux habitants une véritable pause tout en étant en lien avec les autres (adultes et enfants) pour partager de bons moments, c’est une offre culturelle très intéressante elle peut se coupler avec d’autres supports (livres, disques…) ou d’autres arts : circassiens, conteurs, musiciens, …

C’est précieux aujourd’hui, dans une société dans laquelle tout va beaucoup trop vite et ou chacun vaque à ses occupations en ayant tendance à ignorer l’autre !

Alors si l’idée vous tente…Go!

Pour suivre l’actualité dans ce domaine,  voir la page du collectif des ludothèques sur roues.

Lien du collectif

et quelques exemples de ludobus :

Ludobus Ludambule

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Ludobus de la ville de Genève Suisse

Ludothèque itinérante Ludule

Ludobus PEP 37

Si vous souhaitez compléter cette page, n’hésitez pas à me contacter : ogerpatricia@orange.fr

Aménager une ludothèque

Espace ludique d’Issy les Moulineaux

«L’espace est le miroir de l’organisation: par son aménagement, l’espace organisationnel reflète à la fois le fonctionnement du lieu ainsi que ses valeurs, ses règles. L’espace est un des langages dans lequel s’exprime la culture du lieu» – Gustave-Nicolas FISCHER, 1996, Revue des sciences humaines n°67 article sur les espaces de travail.

Les besoins en espaces d’une ludothèque peuvent varier selon son projet, ses objectifs et son mode de fonctionnement.  Selon son implantation : cœur de ville, quartier, zone rurale, itinérance, hôpital, centre social, médiathèque, …ou autre structure publique ou associative, une ludothèque s’organise différemment. Sa surface peut varier entre 150 m² et 900  m². Plus ou moins selon son envergure culturelle, sociale ou éducative, voire thérapeutique. Il est certain cependant que pour accueillir ses publics avec des besoins de jouer différents et développer des activités autour du jeu, la ludothèque doit offrir des espaces généreux (2 m² par personne accueillie donne un premier repère dans l’organisation de l’espace du jeu).

Il convient de prévoir des espaces multifonctionnels pour favoriser les usages pluriels et mixtes. 70% environ des espaces sont ouverts au public et servent à présenter, jouer, choisir, enregistrer les jeux/jouets et 30% des espaces sont réservés à l’usage interne pour assurer le fonctionnement de la ludothèque (notamment la maintenance et l’entretien des jeux et jouets. Des espaces extérieurs sont à intégrer au projet pour élargir les possibilités du lieu (jardin, terrasse, cour, parc…). Ils doivent être sécurisés (fermés). Des parkings pour les publics sont indispensables pour les voitures, les vélos et vélos cargo.

Si les ludothèques sont souvent abritées dans des bâtiments déjà existants (anciennes bibliothèques, écoles, etc…) et qu’elles s’adaptent à cette lourde contrainte, de plus en plus de collectivités publiques intègrent dans leur programme politique de construire de nouveaux bâtiments pour leur installation. Ainsi, en entamant une réflexion sur ces projets tout en visant des objectifs en lien avec les besoins des populations du territoire, ces collectivités reconnaissent la ludothèque comme un véritable service culturel. Ces programmes de construction se font parfois avec des cabinets d’architectes, voire même des scénographes.  Le regroupement des communautés de communes amène à mutualiser les moyens et à réfléchir à des projets pour des territoires plus vastes. La ludothèque peut ainsi mieux répondre aux besoins communautaires par des actions centralisées ou itinérantes en obtenant des moyens adaptés pour exister et fonctionner correctement parfois même au sein de Tiers Lieu ou 3ème Lieu.

Pour mettre en œuvre ses projets, la ludothèque a besoin d’espaces généreux servant à accueillir ses différents publics familles (du bébé au seniors), mais aussi le public des professionnels qui utilisent le jeu dans leurs activités (Assistants. Maternels, animateurs, professeurs, éducateurs, auxiliaires de vie, etc…) et les groupes ou collectivités multiples (crèches, écoles, maisons de retraite, institutions de personnes déficientes, etc…). 

Le bâtiment doit répondre aux normes ERP (Etablissement recevant du public), c’est à dire ouvert à des personnes extérieures. Une commission de sécurité doit obligatoirement donner un accord favorable pour ouvrir l’établissement en veillant aux normes sécuritaires et sanitaires. L’établissement est classé selon différents critères notamment sur la capacité d’accueil, selon qu’il se trouve en rez de chaussée ou à l’étage et selon sa configuration.

Voici un descriptif non exhaustif, des fonctions d’espaces à envisager pour une ludothèque ouverte à différentes catégories de publics. Il s’agit de fonctions d’espaces qui peuvent se côtoyer, se mutualiser, se confondre ou encore se différencier, voire même se compléter, selon le bâtiment qui abrite le service et les moyens accordés à la ludothèque pour développer son projet. Voir aussi article sur l’itinérance du jeu.

LES ESPACES OUVERTS AUX PUBLICS

L’ACCUEIL ET LE VESTIAIRE

L’accueil est le premier espace ouvert au public de la Ludothèque, il doit faciliter l’information et le conseil des publics. La banque d’accueil doit donc être positionnée pour favoriser le 1er accueil et le contact avec les publics (arrivées et départs). Elle peut être divisée en 2 postes de travail informatisés :

  1. Un poste pour les renseignements, les inscriptions et les prêts de jeux/jouets,

  2. Un poste pour l’enregistrement et le retour des jeux /jouets.

Il faut prévoir l’espace pour les chariots destinés au rangement des jeux et jouets rentrants en attente de leur vérification et nettoyage. Un meuble pour stocker les documents de communication de la ludothèque (flyers, règlements, tarifs…) peut être positionné à l’accueil, ainsi qu’un panneau aimanté d’affichage.

Jeux muraux Ludo Saint Jean d’Angely France

Une petite zone de jeux muraux restreinte  peut être installée dès l’accueil pour l’occupation des plus petits pendant l’enregistrement des jeux par les accompagnants.

La zone vestiaire est importante car beaucoup de familles ou de professionnels avec des tout-petits viennent à la ludothèque pour un temps qui peut être assez long. Une zone de «stationnement » des poussettes ou landaus et un vestiaire pour les adhérents est à prévoir en amont de l’accueil tout en étant proche  pour assurer un léger contrôle. Les familles ayant des tout-petits et devant transporter des jeux parfois volumineux ont besoin d’avoir leur poussette à proximité. Par ailleurs, les adhérents doivent être libérés de cette contrainte de transports de matériels et de vêtements pour profiter pleinement des activités de la ludothèque dans les espaces de jeu. Dans la zone vestiaire, il convient de prévoir au moins 30 à 40 patères dès l’entrée qui peuvent être sous un format ludique (patères en forme de boules de billards ou toupies…), d’autres peuvent être installées dans les salles. Ce vestiaire est très utile aussi lors des accueils de groupes comme des classes. Quelques casiers fermant à clés peuvent être pratiques. Des sanitaires peuvent se situer dans cette zone, ainsi que dans la partie jeu sur place si la ludothèque est étendue.

 LE JSP ET LES JEUX/JOUETS DESTINES AUX PRETS

Il est préférable de différencier 2 zones pour les collections dans l’organisation de l’espace :

  1. Le JSP ou Jeu Sur Place
  2. Les jeux et jouets à emprunter

Pourquoi différencier ces 2  zones ?

Tout d’abord, il convient de prendre en compte que les jeux empruntés deviennent «invisibles». Il s’agit souvent de jeux à succès, de nouveautés, de préférences ludiques. Si les collections ne sont pas séparées, il ne restera dans la partie «visible» que les jeux qui sont moins demandés (Sauf si la ludothèque a vraiment de gros moyens).

Séparer les 2 collections permet aussi d’envisager les espaces du jeu sur place (JSP) «Le visible» à partir d’une offre très qualitative avec du matériel d’exception, original en imaginant des espaces esthétiques à travers des mises en scènes, des décors, des ambiances, où les formes et les couleurs vont participer à offrir des espaces «3ème lieu» de haute qualité. Chaque public doit trouver sa place dans un aménagement pensé en fonction des besoins de chacun. Outre le mobilier qui favorise l’installation au jeu des joueurs (du bébé au senior) tout en préservant leur confort et intimité, le matériel ludique vient enrichir l’espace matériel pour favoriser l’espace relationnel entre les joueurs. Ce matériel peut être complété par des livres ou d’autres supports.

Penser le jeu est donc une mission du ludothécaire (sa spécialité)  pour offrir et valoriser un service culturel attractif. Pour ce faire, ma préconisation est donc de développer spécifiquement une collection dédiée au Jeu sur Place (JSP) qui reste visible (environ 350 jeux et jouets) et dont les choix s’opèrent par rapport à un aspect esthétique, original, beau d’un point de vue du choix des matériaux, des formes et des couleurs…et à la jouabilité.  Cette offre permanente a pour effet de rassurer les plus jeunes, de donner l’envie de revenir dans le lieu et d’avoir un matériel que l’on trouve exclusivement sur place. Quelques autres micro-espaces peuvent offrir des rotations de mise en scène pour surprendre le visiteur (mensuelles, bimestrielles ou trimestrielles) à travers des actions de médiation culturelle par le jeu.

Pour ce qui concerne le développement des collections de jeux à emprunter, vous devrez veiller à préserver la qualité, mais aussi la quantité pour satisfaire l’ensemble de vos publics (familles, professionnels et groupes).

Il est à prendre en compte que la séparation des collections facilite aussi le travail de gestion notamment pour les vérifications, le nettoyage des jeux/jouets qui de ce fait, ne sont quasiment plus utilisées sur place, sauf selon les besoins ludiques des publics plus autonomes et responsables.

1/ ESPACE DE PRÉSENTATION DES JEUX ET DES JOUETS A EMPRUNTER

Cette zone sert à présenter les jeux et les jouets plus destinés à l’emprunt pour le public des familles, des professionnels ou des groupes, ceci facilite le travail de gestion des jeux. Elle est donc différenciée de la zone du jeu sur place JSP. Cette présentation peut reprendre la classification des jeux ESAR permettant de dissocier 4 grands types de jeux (voir ouvrage sur ce système de Rolande Filion ):

Ludo de St Jean d’Angely

1.  jeu d’Exercice,
2. jeu Symbolique,
3. jeu d’Assemblage,
4. jeu de Règles,

Cette partie plus réservée à la présentation des jeux et jouets à emprunter peut être équipée de quelques tables et sièges design ou club de couleurs pour le confort des publics qui souhaiteraient découvrir les jeux avant de les emporter. Il est souhaitable que cette zone soit proche de l’accueil.

Mise en valeur de la collection de jeux et de jouets
Il est indispensable d’assurer la mise en valeur du fonds de jeux et de jouets. C’est le travail du ludothécaire qui doit connaître les jeux pour les expliquer et les animer. Si les jeux sont faciles à ranger, les jouets sont quant à eux plus difficiles à valoriser, leurs contenants étant souvent mal menés et fragilisés. Associés à d’autres objets ludiques voire même des livres, ces jouets sont présentés dans des coffrets autour de thématiques (jungle, pirates, dinosaures…) , ou pour des publics différents (Jouets pour les bébés ) ou selon un mode classificatoire (par exemple E.S.A.R.). La présentation de ces coffrets peut être harmonisée dans des contenants transparents ou de carton (selon le choix) avec un nouvel étiquetage qui inclut le contenu (quand on met plusieurs jouets dans un même coffret – par exemple, un doudou, un hochet, un cube senteur et une boîte à musique).
Des étagères en nombre permettent de présenter la collection en facilitant le choix. Les tablettes réglables de 40 cm de profondeur sont préconisées pour y installer tous types de jeux et jouets et organiser la classification. Une signalétique correspondant au code classificatoire ESAR posée sur les étagères et/ou sur les murs, facilite les repérages des catégories de jeux ou de jouets. L’attention est portée également à la circulation des adhérents (adultes et enfants) portant parfois des jouets encombrants (moyenne 0.02 m³ et 1kg). L’aménagement doit tenir compte des flux entrants et sortants des publics.

2/ L’ESPACE DU JEU SUR PLACE (JSP)

Si le prêt de jeux et jouets est une activité très prisée des adhérents, les zones du jeu sur place, ouvertes à tous les publics, occupent quant à elles une place prépondérante dans les activités de la ludothèque. Le ludothécaire doit donc imaginer des espaces du jeu, leur donner vie et veiller à leurs usages.  L’activité du JEU constitue en effet, le cœur du métier du ludothécaire. Ainsi, des propositions de mises en jeu sont organisées dans des espaces judicieusement aménagés, évoluant dans le temps. Ces espaces sont généreux et constituent un appel, une invitation à jouer, tout en préservant la liberté du choix. Tous les publics doivent se sentir accueillis dans le lieu et chacun doit trouver la place qui lui convient, même pour regarder les autres jouer éventuellement.

Une suggestion subtile, incitative, attrayante, colorée, surprenante, esthétique doit susciter l’envie de jouer et éveiller chez le joueur tous ses sens à travers cette proposition d’univers multiples. Un soin tout particulier est porté à l’ambiance qui doit être confortable, sécurisante et zen. Ces espaces intègrent, si possible, des notions « d’art » et de « beau », dans l’aménagement de la ludothèque, 2 données subjectives à intégrer lors de la réflexion du projet, pour en faire un lieu unique, remarquable, notamment lors de la construction d’une ludothèque (3ème lieu).

Il est préférable d’avoir un fonds spécifique dédié aux salles de jeux ce qui en facilite sa gestion. Les jeux et les jouets présentés sont sélectionnés et choisis pour leur qualité (intérêt ludique, résistance, …), leur originalité, leur beauté (matériaux nobles)  et sont en nombres suffisants pour satisfaire les différents publics. Avoir une collection en permanence dans les salles du jeu sur place permet de proposer des valeurs sûres rendant le lieu attractif (toujours visible), en parallèle de la zone des jeux à emprunter (qui deviennent invisibles). En effet, si les jeux sont empruntés, ils disparaissent de l’offre en jeu sur place. Il faut donc pouvoir maintenir une proposition permanente riche.

Ces jeux qui restent sur place comportent un marquage physique : par exemple en mettant une étiquette « Animation » ou « JSP » sur le code à barres et sont exclus du prêt pour une durée permanente ou limitée.

Ce cheminement ludique peut suivre l’évolution de l’enfant ou de l’individu (Piaget), voire aussi E.S.A.R,  il est cohérent dans sa présentation permettant à chacun de trouver la place qui lui  convient. Ce cheminement progressif, peut être minimaliste. Il respecte les zones proximales de développement décrites par Lev Vygotski.

Certains espaces peuvent être légèrement cachés du regard des adultes  comme des cabanes secrètes, afin que les enfants puissent jouer à des jeux riches en imagination (petite maison, vie de château, théâtre et marionnettes, rôles divers : chevaliers, docteurs, mécaniciens, musiciens…), Il est précieux d’offrir des espaces permanents avec certains jouets ou jeux, offrant des repères aux enfants car ils apprécient de « continuer » à jouer et aiment à recommencer leurs jeux en revenant dans le lieu (notion de sécurité, de continuité et de plaisir).

Il est souhaitable  de placer des îlots de jeux centraux, plutôt que le long des murs, afin de permettre aux enfants de tourner autour et de jouer en face à face (effet miroir). Ceci permet d’observer le jeu de l’autre, de mieux communiquer et d’interagir et d’apprendre en regardant l’autre faire (ou vis versa)

Coin cabane

Des espaces peuvent être légèrement cloisonnés à mi-hauteur (environ 1m20) en offrant cependant des ouvertures sécurisantes aux enfants avec une visibilité partielle ou totale vers  l’accompagnant ou le ludothécaire chargé d’animer ce lieu.

L’espace du jeu sur place peut ou non s’adresser à tous les publics, il se répartit en 2 grandes zones :

1. L’une principalement organisée autour des supports JOUETS,
2. L’autre autour des JEUX,

Souvent les jeux et jouets trouvent leur place ensemble dans les micro-espaces. Il faut juste veiller à la sécurité des plus petits (ne pas mettre des pièces de jeux trop petites, qu’ils pourraient ingérer). Utilisé par des publics parfois différents, chacun de ces espaces du jeu est segmenté en micro-espaces selon le développement des enfants/personnes (évolution/progression/régression) ou selon aussi les envies et besoins de chacun.

1/ L’ESPACE ORGANISÉ AUTOUR DES JOUETS :

Cet espace (non figé), non référencé comme tel sert à l’accueil des enfants et leurs accompagnants lors des horaires d’ouvertures aux familles, mais aussi aux assistants maternels et autres professionnels qui fréquentent la ludothèque (travailleurs familiaux, éducateurs, assistants sociaux, professeurs….). Les organismes comme les crèches, haltes garderies, écoles et autres institutions peuvent bénéficier de cet espace ainsi que les grands-parents accompagnant leurs petits enfants (par exemple).

L’espace JSP organisé autour des jouets majoritaires se décline en micro-espaces évolutifs (sur le principe E.S.A.R. – Auteure Rolande Filion ) notamment avec le jeu d’exercice et le jeu symbolique :

Livre de Rolande FILION

  • Espace  1 avec des jouets d’éveil sensoriel plus destinés aux bébés et tout-petits  (doudous, hochets, cubes senteurs, boîtes musicales…),
  • Espace 2 avec des jouets de manipulation et des jouets moteur (boîtes à formes, pyramides, balancelles, camions porteurs …)
  • Espace 3 avec des jouets à rôles (déguisements, dînettes, bricolage, docteur, école,…)
  • Espace 4 avec des jouets de mises en scènes assez gros pour les plus jeunes (petits camions, petites voitures, Tolo, gros animaux, garage, …) et plus fins pour les plus grands (Playmobil, châteaux forts, établis…)

LE JEU D’EXERCICE :

Espace de jouets sensoriels plus destinés aux bébés :
Pour des raisons de sécurité et de confort, ce petit espace  permet d’accueillir les bébés dans un univers pensé pour eux en tenant compte de leurs besoins. Un tapis de repos ou un lit peut même être mis à disposition pour les parents qui ont plusieurs enfants et pour lesquels le repos est nécessaire parfois.

Cet espace est situé un peu en retrait des espaces plusBabyglück bruyants. Le parent ou professionnel peut être proche pour jouer ou non avec le bébé et/ou surveiller plusieurs petits en même temps. Cet espace est doté de tapis, coussins, portiques et autres  jouets adaptés à cette étape du développement de l’enfant de 3 à 8 mois (jeux d’éveil sonores, tactiles, visuels, jeux de manipulation…). Il peut être dans un nid douillet ou être  limité par une basse étagère pouvant servir d’assise aux accompagnants et de rangement aux petits jouets : doudous, jouets à textures différents, livres-jouets, hochets, cubes senteurs…et peut aussi être proche d’un petit coin allaitement et change (petite nursery)  envisagé pour le confort du bébé et du parent.

Un cheminement d’activités ludiques en bas des murs et au sol (miroir, tableau d’activités…) ainsi que des éléments douillets pour installer les bébés afin de les protégés des activités des plus grands, des points d’accroches pour installer des jouets en suspension (jouets visuels, sonores ou à manipuler) peuvent être privilégiés. Si la ludothèque est petite, un meuble à roulettes et des corbeilles peuvent contenir ce matériel mis à disposition.

Espace de manipulation et de motricité pour les enfants qui se déplacent :

Cet espace  de jouets  est plus pour les enfants qui tiennent assis ou commencent à faire du « 4 pattes » ou à se mettre debout – entre 7 et 9/10 mois) et ceux qui commencent à marcher – 10 mois à 16 mois).  Proche de l’espace bébé, séparé par des petits meubles bas ou des bacs servant d’assise ou d’appui et/ou  de rangement,  et/ou équipé de podiums, il permet à l’enfant d’évoluer et de franchir des seuils, de se tenir debout avec des supports pour jouer à sa hauteur. Balles, boîtes à formes, jouets sonores ou visuels, toupies, encastrements à gros taquets ou livres cartonnés, cubes, pyramides…camions à pousser, chariots de marche, … sont privilégiés.

Cette partie doit être suffisamment grande pour permettre à l’enfant d’évoluer tout en ayant des points d’appui et de la place pour se lancer dans son apprentissage de la marche et son besoin de découvrir le monde et de rencontrer les autres enfants. Cet espace se prolonge par des jouets sensoriels et de manipulation pour les plus 18 mois à 3 ans en interface avec les espaces de jeux de mises en scènes et jeux de rôles en veillant à mettre du matériel adapté à cette étape. Il n’y a pas de frontières physiques, c’est une proposition subtile de matériels mise à disposition sans indication d’âges, mais les objets ludiques choisis sont adaptés à ces petits sans exclusivité. Les plus grands peuvent bien évidemment partager ces jouets s’ils sont bienveillants à l’égard des plus petits. Cette possibilité est également offerte par exemple pour des jeunes ados ou adultes autistes qui aiment bien venir sur les tapis s’ils font attention aux petits.

Toddler playingSi la ludothèque veut acquérir des jouets de motricité et des jouets moteurs volumineux pour les plus grands, voire pour les adultes (objets roulants, camions porteurs, patinettes, …), il faut prendre en compte que cela nécessite de la place, ces jouets peuvent être mis à disposition aussi dans une cour, une terrasse, un jardin proche à conditions qu’ils soient sécurisés. Tout dépend des espaces disponibles.  Si la ludothèque veut donner une place importante à un espace moteur permettant aux enfants de sauter, lancer, se rouler…elle devra bénéficier d’une salle conséquente, si possible insonorisée ou le faire à l’extérieur à condition que l’accès soit concomitant et sécurisé.

LE JEU SYMBOLIQUE :

L’espace du jeu symbolique autour des jouets de mise en scène et des jouets à rôles   est  souvent prisé des enfants de 18 mois à 10 ans qui fréquentent beaucoup la ludothèque, voire plus ou moins sans limitation. Il s’agit des  étapes auxquelles les enfants jouent le plus et ont besoin de changement dans leurs jeux (découverte, expression, recherche, expérimentation…).

ExplorerL’espace des jouets à rôles est aménagé et séparé par des petites cloisons permettant partiellement aux enfants de jouer légèrement séparé du regard des accompagnants adultes pour favoriser leurs expressions culturelles. Des éléments offrent des comptoirs de jeux aux enfants pour les dinettes, poupées,…ou autres univers : docteur, théâtre, déguisement, cabane, navette spatiale, bateau, vie de château….avec des objets plus ou moins réalistes, mais regroupés par univers.
Tapis, coussins et autres éléments de décor sont à prévoir pour le confort des enfants. Des patères avec quelques déguisements ou accessoires et un miroir sont proches pour enrichir l’offre ludique.
Il est important de tenter de suggérer le jeu, de proposer une offre attractive  tout en laissant l’enfant libre dans ce cadre. Le miroir aura son importance dans cet espace d’expression où l’imaginaire offre des scènes très riches à observer discrètement (pour donner de la confiance en soi). Le jeu symbolique favorise l’imagination et permettent aux enfants l’expression. Les objets proposés vont être aidant, car ils déclenchent l’envie de jouer des rôles « On dirait que… ».

Les jouets de mise en scène regroupent les jouets et petites structures. Les jouets proposés dans cette zone sont plus ou moins volumineux, mais nécessitent que l’enfant et/ou l’adulte se déplacent autour : Circuits, petits véhicules, personnages, figurines, animaux, châteaux, monstres et figurines, fermes, garages, engins divers, … Quelques jeux de construction peuvent être associés comme des Kapla©, jeux de briques, et autres peuvent être suggérés. Ces jouets bénéficient en général d’un vif succès auprès des enfants qui se plongent souvent dans ces univers en imaginant de belles histoires, l’adulte doit éviter d’interrompre ces créations imaginaires, sauf, s’il est sollicité.  Les jouets présentés dans le cadre de mises en scène vont susciter l’envie de jouer. En s’installant spontanément autour de ces univers l’enfant va développer sa culture enfantine avec les autres. Ces offres de petites mises en scène (coin château fort, pirates, cirques…) organisées ou non autour de thématiques ou rangées dans des coffres à thèmes  peuvent être proposées alternativement. Il faut donc de la place pour imaginer ces propositions ludiques multiples et leur déploiement. Ces espaces de jeux autour d’objets miniaturisés peut être agrémenté d’espaces naturels non fragiles pouvant servir de supports de jeux, bacs à gros cailloux, planche de bois, plantes en plastiques non dangereuses pour cacher créatures fantastiques ou des livres connectés à ces univers en intérieur, comme en extérieur.

L’Espace ludique d’Issy les Moulineaux a par exemple, conçu une estrade adaptée au positionnement d’objets miniaturisés et a installé des gros pots de couleurs servant de rangement à des coussins. Voir les photos dans le lien. Un architecte a imaginé ce projet.

Il convient aussi, de penser aux inducteurs ludiques (éléments associés qui vont favoriser le jeu par le lien que l’enfant va voir, créer, faire ou imaginer en fonction de sa culture) et de mettre d’autres objets que les jeux ou jouets, par exemple des livres ou décors non fragiles, bois, éléments divers et variés – cartons, ficelles…).  Ces objets  en connexion favorisent la richesse du jeu et/ou la lecture du jeu à l’enfant.

Par exemple : dinosaures, plantes, figurines, volcans et livre sur les dinosaures, cartons, feuilles et autres éléments vont permettre à l’enfant de faire des associations et d’imaginer son jeu. Il est intéressant de mettre certains objets en double ou en triple, ceci permet aux enfants de jouer en interactions ou/et en face à face (effet miroir).


Ces espaces organisés autour des jouets induisent le jeu et offrent des espaces d’expression où l’imaginaire prend une large place dans l’activité ludique enfantine en lien ou non avec les adultes. Le jeu n’est jamais déterminé à l’avance, l’enfant créé et imagine « son jeu » en lien ou non avec les autres.

L’objectif  de la ludothèque étant de faire en sorte que ces espaces matériels autour du jeu  deviennent des espaces de découvertes, de divertissement, de détente, mais aussi d’expérimentation, d’expression, de partage et de relations. D’où l’intérêt de les conserver dans le lieu pour que l’enfant puisse poursuivre son activité et l’enrichir. 

Les jeux de production graphique en 2D et jeu de production 3D vont trouver leur place aussi à proximité. Les enfants adorent dessiner, modeler, fabriquer.  C’est pourquoi, il est pertinent d’installer un espace création artistique si vous en avez la possibilité.

Les enfants se servent souvent des jouets/jeux en modèle pour tenter de reproduire ce qu’ils voient ou essaient d’imaginer des dessins. Un miroir peut aussi être intéressant devant la table pour réaliser des autoportraits amusants.

Cet espace présente un réel intérêt s’il est bien aménagé et suivi !

Une grande table à hauteur des enfants, plusieurs sièges (pour 5 à 8 enfants et accompagnants), pot à crayons fonctionnels, gomme, crayon papier et taille crayon, petite poubelle, balayette et pelle,  voire modèle à copier ou à colorier, papier divers et matériel de modelage en bon état d’usage…etc…seront vraiment pertinents, sinon, il vaut mieux ne rien mettre !!!

 2/ L’ESPACE ORGANISE AUTOUR DES JEUX

Cet espace regroupe le jeu d’assemblage et le jeu à règles, il convient de mettre du matériel adaptable à tous  avec des tables et sièges de différentes tailles, voir une zone avec des tapis et coussins. Si possible, le mobilier est confortable, design et modulable : équipé de roulettes, empilable, voire encastrable (tables gigognes), ceci permet d’aménager l’espace dans le cadre d’animations réservées à l’accueil de groupes, d’envisager des espaces multifonctionnels pour des usages pluriels.

Les jeux ( ce qui inclut les jeux d’assemblage et de règles) sont principalement proposés dans cette zone avec quelques jeux surdimensionnés nécessitant de la place à leur installation. Des jeux multimédia peuvent compléter l’offre dans ce secteur.

La micro segmentation des espaces offre l’avantage de créer des petites zones de jeux  réparties en favorisant l’intimité des joueurs. Des zones bien repérables permettent de s’installer selon ses besoins. Par exemple ceux de l’enfant (pour son jeu, ses relations ou non avec les autres, sa sécurité affective…) ou de l’ado et de l’adulte évoluant en groupes ou « tribus » (plusieurs familles ou groupes), ou des enfants avec les ados et les adultes… Le mobilier est différents. Cette segmentation dans l’offre ludique permet aussi de donner l’envie de faire autre chose proche…tout en étant avec d’autres pour jouer, échanger, régresser ou évoluer…, selon son état psycho. affectif et social.

Le mobilier favorise la détente et le confort (par exemple fauteuils clubs). Les chaises de bois de collectivité, bien qu’elles soient solides sont parfois lourdes, bruyantes et pas toujours esthétiques. Le mobilier sera choisi pour son aspect esthétique (chaises à coque design de couleur, luminaires décoratifs, fauteuils clubs, tables aux formes arrondies épousant le corps…). Le mobilier est adaptable, modulable (sur roulettes), et s’encastre pour donner place à du vide et pouvoir investir le lieu de façon différente si nécessaire, par exemple pour accueillir un groupe (Espaces multifonctionnels pour des usages pluriels).

Il est à noter que certains jeux de construction ou d’agencement pour les plus jeunes peuvent être installés dans les espaces Jouets car ils viennent compléter le jeu (activité) d’exercice ou symbolique (autour des jouets). Par exemple les Kapla, ou les Duplo vont permettre de construire des architectures (ponts, garage, maisons…), les jeux de construction avec des petites pièces qui demandent beaucoup de concentration et de dextérité peuvent être placés entre les jeux symboliques et les jeux à règles, idem pour les puzzles ou autre jeu d’agencement. Tout dépend comment la ludothèque est organisée. Il faut juste veiller à ce que les tout-petits n’accèdent pas à ces éléments qui pourraient être dangereux pour eux.

Espace de jeux (avant l’apprentissage de la lecture) :
Un espace des premiers  jeux à règles simples peut être organisé près des jeux d’assemblage comme les premiers puzzles et jeux de construction et éventuellement en connexion avec l’espace symbolique ( ou des autres jouets). Ces premiers jeux à règles  (avant l’apprentissage de la lecture) sont souvent des jeux avec beaucoup d’objets à manipuler non dangereux pour les plus petits (mise en bouche). En effet, dans cette étape de développement, l’enfant ne sait pas lire. Cet espace évolue donc  entre les jouets à manipuler avec quelques règles et premiers jeux dotés de petites pièces à manipuler. Par exemple Little memo© de Djeco© faisant partie de la gamme des premiers jeux de société entre jouet et jeu. L’enfant prend goût aux premiers jeux à règles en manipulant les pièces. Idem pour les premiers encastrements ou puzzles qui peuvent être verticaux (on peut jouer avec les personnages) et les jeux de construction avec petits personnages ou animaux…qui sont entre jeu symbolique et jeu d’assemblage.  Il est à noter que les adultes veulent souvent faire jouer les enfants de moins de 5 ans aux jeux de règles, en perdant conscience que ces enfants ne savent pas lire. A ce stade, leur préférence est plus portée vers les jouets car ils n’arrivent pas toujours à décrypter les symboles permettant de lire et de jouer aisément et à gérer leurs émotions quand ils perdent ou quand ils attendent leur tour. Il est parfois préférable de différer ses exigences et de laisser les enfants décider de leurs jeux.

Vous pouvez venir jouer en famille à la ludothèque

Vous pouvez venir jouer en famille à la ludothèque

Espace de jeux  (après l’apprentissage de la lecture) :
Proche de l’espace des premiers jeux de règles, cet espace est plus pour les premiers jeux à faire en famille ou avec des plus grands.  Des jeux pour enfants ayant acquis l’apprentissage de la lecture sont présentés, proches et en lien avec l’espace des  jeux plus complexes organisé dans le cadre du jeu sur place et celui des ado/adultes sans démarcation particulière, ni indication d’âges, mais cependant présente par l’organisation et le mobilier qui est différent pour jouer sur place. Ces jeux favorisent une première autonomie des enfants dans l’organisation de leurs jeux entre eux autour de la règle, l’adulte (accompagnant ou professionnel) peut jouer ou non, mais n’est jamais très loin pour aider les enfants ou les personnes qui en ont besoin à décrypter et comprendre les règles en assurant les mises en jeu.

Espace de jeux plus complexes (ados/adultes)position of stones during go game playing
Cet espace comprend du mobilier plus adapté à l’accueil des grands enfants et des adolescents /adultes.
Avec des zones un peu en retrait pour qu’ils s’y sentent bien en gestion autonome, mais néanmoins à proximité du ludothécaire animant les jeux. Les ados aiment bien se retrouver entre eux en petits nombres pour discuter et rigoler.
Selon la place disponible dans les locaux, des jeux surdimensionnés sont mis à disposition des publics dans cette zone : Billard hollandais, Billard indien, Carrom

Jeux de cartes rapides ou des jeux de plateaux sont disponibles à différents endroits, ainsi que des jeux multimédia et éventuellement un coin lecture avec quelques BD, revues ou autres et musiques à écouter (Why not !).

Cet espace  favorise les échanges et la communication par la présence de mobiliers de type petits fauteuils clubs, ou autres sièges confortables, tables basses ou non, modulables et/ou encastrables. Pour les ados, du mobilier brut comme des sièges faits avec des palettes + des graffs sur les murs peuvent les aider à s’approprier du lieu. Des corbeilles peuvent contenir des petits jeux d’ambiance. Facilement transportables dans des coins, elles sont pratiques !

LA SALLE D’ANIMATION

Cute toddlers playing in twister gameD’environ 30 à 60m², au décor neutre, cette salle d’animation favorise l’accueil de certains groupes ayant des particularités. Par exemple : groupe de personnes déficientes accompagné d’un éducateur spécialisé pour jouer ou choisir des jeux : enfants ou adultes autistes, enfants hyperactifs ou encore groupe de personnes âgées dont le confort sonore, visuel et tactile nécessite une prise en compte plus spécifique., ou classes avec 28 élèves… Cette salle équipée de tables rondes 0.80m ou 1m de diamètre et de sièges confortables favorise la proximité et l’intimité des joueurs autour des jeux, avec notamment une meilleure préhension, une communication plus facile autour d’échanges en petits groupes.  Les personnes qui se déplacent en fauteuils roulants doivent pouvoir circuler aisément autour des activités proposées et s’installer autour des tables de façon autonome (veiller à l’espacement des piétements). La décoration est relativement neutre :  trop d’informations peuvent perturber certaines personnes (trop de couleurs, trop de matériels, trop de  bruits, …). La neutralité, le confinement et le confort du lieu favorise l’installation au jeu des personnes auxquels les ludothécaires doivent prêter attention. Il faut prévoir 2m² par personne accueillie. Une salle de 30 m² permettra d’accueillir 15 joueurs (avec le matériel).

LA SALLE DE MÉDIATION CULTURELLE

SafariUne salle de médiation culturelle est maintenant à envisager dans une ludothèque qui ambitionne organiser des actions de médiation autour du jeu en intégrant les arts croisés (contes, musiques, arts plastiques, cirques, lectures, conférences, expositions, créations, illustrations,…). Pour accueillir et animer un groupe de 25 personnes, il convient de bénéficier d’au moins  50 m².

Des armoires thématiques à roulettes peuvent être organisées : Une armoire pour la petite enfance, une armoire pour les maternelles, une armoire pour les primaires, une armoires pour des jeunes déficients, etc…Ceci facilite l’organisation des accueils des groupes éventuellement, l’armoire basse à roulettes et poignées peut être déplacée pour assurer l’accueil dans une autre salle.

La salle de médiation est de préférence équipée d’un espace vestiaire (patères au mur), de podiums, sonorisation, éclairages par spots, vidéoprojecteur, placards de rangement, évier masqué et de mobiliers modulables sur roulettes et adaptables.  Voir pour information les photos sur le lien de la Ludothèque d’Eveil Artistique et Culturel de Metz L.E.A.C.

UN JARDIN LUDIQUE OU UNE TERRASSE LUDIQUE

Köpfe zusammen im Kreis

Il est indispensable de prévoir un espace extérieur sécurisé pour favoriser les activités de plein air. Ce jardin que j’imagine fantaisiste et original est une proposition, une suggestion subtile à la découverte, à la rencontre dans le cadre d’un espace vert paysagé en lien direct avec l’espace intérieur de la ludothèque.

Il offre plusieurs avantages :
• Cet espace vient compléter les espaces de la ludothèque en offrant des espaces verts, cour, terrasses…
• Cet espace est évolutif, les décors varient selon les saisons ou les thématiques,
• Cet espace permet de sortir et de parler plus fort que dans la ludothèque, de se dépenser physiquement, notamment pour les plus petits, il multiplie les possibilités de jouer…
• Cet espace aménagé est un lieu sécurisé où les jeunes publics se retrouvent pour jouer sans à avoir le regard des adultes porté sur eux… ex : les pré-ados… .

Ce jardin peut comporter bons nombres d’équipements : balançoires, plans inclinés en bois, tunnels, circuits, bac à sable, jeux surdimensionnés, parcours sonores, parcours tactiles, labyrinthes, cabanes…mais aussi tables de jeux autour de plantes, d’arbres, d’arbustes (identifiés par des petits panneaux), salons extérieurs et aménagements divers qui agrémentent le lieu en redonnant l’esprit jardin Zen. Une micro scène peut offrir d’autres possibilités d’usage.

Bancs et/ou sièges et tables trouvent leur place soit de façon permanente ou ponctuelle pour les joueurs ou accompagnants. L’installation de petits chalets de bois peut permettre de stocker du matériel et faciliter une partie de la gestion des jouets d’extérieurs volumineux de la ludothèque. Un préau équipé d’un salon de jardin peut offrir un lieu complémentaire avec une possibilité de jouer à différents jeux de cartes ou autres…

L’essentiel de cet aménagement étant de garder aussi de la place pour y organiser des animations permanentes ou éphémères avec des jeux surdimensionnés ou encore d’offrir un espace de déambulations pour des artistes (conteurs, musiciens, circassiens, marionnettiste…) dans le cadre de médiation culturelle (arts croisés). Si possible l’éclairage créé une ambiance agréable (Réverbères et/ou spots), le jardin ou une partie du jardin peut être sonorisé (e) pour y diffuser de la Musique (+ SACEM à prévoir). Un potager peut être proposé avec des petits animaux dans le cadre d’une gestion collective.

LA ZONE DE RANGEMENT DES JEUX DE PLEIN AIR

Les jeux de «plein air» tels que les ballons sauteurs, porteurs, kartings, échasses, skates, parcours de motricité, patinettes, …que l’on trouve parfois en ludothèque, nécessitent pour leur rangement un aménagement intégré spacieux dans des étagères profondes de 80 cm. Il est possible de prévoir une salle dédié à ce rangement ou/et de prévoir un autre rangement par système de crochets dans un chalet de bois par exemple (voir jardin ludique). L’idéal étant de penser ce rangement dans le même espace que les autres jeux et jouets (voir E.S.A.R.), ceci nécessite de disposer de beaucoup de place et d’imaginer cet équipement en amont si ces achats sont envisagés par la ludothèque (attention à leur gestion et maintenance lourde pour l’équipe). Le jardin offre une alternative et doit être connecté aux salles selon le type de public. Les accès sont donc à réfléchir.

ESPACES FERMES AUX PUBLICS

1/ L’ESPACE ADMINISTRATIF
La ludothèque est un service ouvert au public, mais elle est aussi un service qui assure une gestion administrative importante (secrétariat, budget, ressources humaines, tarification…), les opérations liées aux prêts (retards, pertes de pièces, réservations,…) et commandes auprès des fournisseurs demandent un suivi indispensable à sa bonne gestion. Les agents doivent chacun bénéficier un espace de travail pour assurer leurs missions administratives.
La préparation des jeux nouveaux, nécessite quant à elle beaucoup d’espaces (stockage) pour chaque opération liée au circuit des jeux (acquisition, catalogage, préparation des jeux nouveaux, contenus, équipement, conditionnement, plastification, vérification…). En conséquence, les bureaux doivent être suffisamment grands pour permettre le stockage des jeux à traiter (50 jeux ou jouets = 1 m³). L’idéal serait que chaque agent ait son espace de travail d’au moins 15 à 20m².
Une salle de réunion est utile, la salle d’accueil des petits groupes ou la salle de médiation peut remplir cette fonction.

2/ L’ESPACE TECHNIQUE
L’espace technique est indispensable à la maintenance du fonds de jeux et jouets de tous types : jouets roulants, jouets à manipuler, jeux de plateaux, CD-roms, livres-jeux, jeux de bois, jeux en plastique, jeux en tissus, jeux de plein air, jeux musicaux, jeux électroniques, jeux d’eau, déguisements, …
Après chaque emprunt, les jeux sont vérifiés et nettoyés selon leur support (on compte entre 3 et 20mn. pour cette étape – voire plus parfois). Ainsi les opérations suivantes peuvent être assurées :
– vérification du contenu de chaque boîte à son retour,
– vérification du contenant (état de la boîte ou du sac…),
– nettoyage selon le support (lavage dans des bacs, lingettes désinfectantes ou en machine à laver…),
– séchage des jeux,
– reprographie des règles de jeux,
– recherche de pièces détachées en cas de pertes,
– gonflage de ballons, …
– réparations éventuelles : collage, peinture, ponçage, soudure, vissage…
– vérification de l’état de fonctionnement (jeux à piles, jouets roulants…),
– plastification des boîtes, remplacement des consommables comme les pâtes à modeler…

Pour ces tâches techniques, différents espaces sont nécessaires au bon fonctionnement de la ludothèque :

Laverie des gros jouets, entretien : C’est la zone de nettoyage des jouets parfois volumineux : porteurs, camions, ballons sauteurs… équipée d’un bac de nettoyage et d’une pomme de douche (avec eau chaude). Une baignoire surélevée est plus pratique. Un espace pour le séchage des jouets est à aménager. Les jouets en attente de lavage ou de séchage y sont entreposés. Les produits d’entretien sont rangés dans un meuble servant de plan de travail à hauteur pour poser les jouets.
Un fil ou un étendoir est mis dans cet espace pour sécher les jouets en tissu : déguisements, poupées corps en tissu, vêtements de poupées, tapis d’éveil, doudous et autres petits jouets, …+ les Chiffons, torchons, serviettes…servant au nettoyage. Il convient de prévoir aussi les branchements en eau et en électricité pour installer machine à laver le linge et/ou la vaisselle et sèche-linge.

Création Patricia OGER

Création Patricia OGER

Atelier de réparation ou de fabrication : Ce petit atelier sert à réparer ou à fabriquer des jeux ou des jouets. Il est doté d’un établi avec des petites machines outils : perceuse, scie, ponceuse, compresseur…et d’un plan de travail. Des rangements servent à stocker le matériel de petit bricolage, la peinture, etc… Cette installation peut se faire dans la salle de travail.

Voir article sur la création de jeux

 

Stockage des pièces détachées : Les pièces détachées des jeux et des jouets sont stockées soit dans des sacs à Zip transparents, suspendus et rangés par titres de jeux, ou encore dans des boîtes par ordre alphabétique des titres de jeux ou dans des casiers en plastique. Chaque ludothécaire trouve le rangement qui lui convient, dans tous les cas, il faut prévoir un espace pour stocker ces pièces détachées utiles à compléter les jeux de la ludothèque par exemple dans la salle de travail.

Stockage jeux saisonniers et grands jeux ou matériels d’animation : Cette réserve sert à entreposer les jouets saisonniers de plein air ou les jouets très volumineux, mais aussi le matériel d’animation. Ce local est à prévoir en rez-de-chaussée facilitant le chargement des jeux dans les véhicules avec un accès directe en lien avec un parking par exemple.

Reprographie et fournitures bureautiques : Photocopieur, massicot, et plastifieuse pour les règles de jeux ou les cartes, sont installés soit dans un bureau ou à l’accueil, ou dans une salle dédiée avec une armoire de rangement des fournitures ou matériel bureautique. Des prises électriques et informatiques sont à prévoir pour les machines.

Plastification des boîtes : Un grand plan équipée de plaques de découpes et de cutters sont nécessaires dans l’espace de travail ainsi qu’un meuble pour stocker la réserve des rouleaux adhésifs (type Filmolux Référence 609) servant à plastifier les boîtes de jeux, bien que cette opération n’est pas systématique. Il faut prendre en compte la valeur du jeu et le temps passé pour assurer ce travail. Parfois, la plastification dénature le jeu. Il faut donc voir si c’est vraiment utile.

Cholet (10)Réserve de conditionnements : Afin de conditionner les jeux et les jouets dont le contenant d’origine est détérioré ou non utilisable (moulages trop fragiles ou boîtes détériorées), ou pour valoriser des coffrets avec plusieurs objets, il convient d’avoir en stock des valisettes, de boîtes, de bacs de rangement, de sacs à zip, de sacs à dos transparents permettant de présenter les jouets/jeux. Le stockage de ces contenants peut se faire dans la salle de travail (au moins 1 à 2 étagères), il faut prévoir 5% du budget d’acquisition pour anticiper les achats de ces contenants.

Rangement des jeux nouveaux : Les jeux nouveaux en attente d’être catalogués, détaillés, équipés, plastifiés…sont stockés. Ce travail est assuré dans la salle de travail ou dans les bureaux des agents, il est utile de prévoir des espaces assez larges (15 à 20m² par agent).

Salle de travail : C’est une zone qui peut regrouper plusieurs fonctions. Si c’est le cas, elle doit être ouverte vers l’extérieure (fenêtres et portes) pour faciliter le transport de matériel, et doit être proche de l’accueil pour traiter les retours de jeux et des zones administratives. Dans le cas ou elle regroupe plusieurs fonctions, sa surface doit être d’au moins 60m².

Pour conclure

Les équipements liés à la pratique du jeu sur place ne nécessitent pas d’énormes investissements, mais beaucoup d’espaces afin que les utilisateurs soient à l’aise dans l’appropriation de leurs jeux (2m² par joueur). Ces micro-espaces doivent offrir aussi une certaine intimité tout en offrant une large diversité, c’est toute la complexité d’une ludothèque. L’investissement sera plus porté sur les ambiances d’aménagements (3ème lieu), il est souhaitable de prévoir 12 micro-espaces de jeu sur place (15 à 30 m²) et un espace extérieur sécurisé pour doubler voire quadrupler la ludothèque).

Les familles ou les groupes apprécient de venir jouer à la ludothèque pour trouver du matériel spécifique de qualité. Il est indispensable que chaque catégorie de jeux soit présente pour satisfaire les attentes des usagers (10 à 12 catégories du bébé à l’adultes). En conséquence, il faut prévoir des espaces généreux pour installer les utilisateurs autour des jeux ou des jouets proposés. La prise en compte des volumes est importante dans l’aménagement. Si les jeux et jouets classiques ne prennent pas trop de place, les jeux surdimensionnés, les structures ludiques, les briques et jouets pour les petits sont quant à eux plus volumineux. Il est utile également de penser à l’installation des joueurs et des accompagnants et aux flux générés par la circulation des adhérents fréquentant le lieu. Les ludothécaires sont là pour animer le lieu et conseiller les publics avec des besoins vraiment différents. Leur rôle est donc très important et il n’est pas à négliger.

Une ludothèque est un véritable SERVICE ouvert aux publics. Elle a donc une véritable mission sur le territoire. Il est dommage de devoir encore justifier ce travail, certains élus dénigrent encore l’activité par méconnaissance du métier et des visions erronées restrictives, Les CAF imposent aussi  des contraintes inadéquates avec les missions des ludothécaires (des horaires d’ouvertures importants et des temps de travail internes non pris en comptes pour assurer la maintenance des jeux par exemple 33% du temps…), Les locaux devraient être beaucoup plus grands pour assurer pleinement les missions sur un territoire (2m² par joueur). Surtout, les agents devraient être formés pour assumer les missions qui leur sont confiées.

Dans le cadre de son aménagement, il convient de prévoir 70% de surfaces ouverts au public et 30% de surfaces dédiés au travail interne (travaux administratifs, préparation et entretien des jeux, animations/événementiels).

Si la volonté politique est forte et que des moyens sont donnés aux ludothécaires formés pour accomplir leurs mission, la ludothèque devient un lieu important dans la cité. C’est une rencontre qui doit se faire entre des décideurs et les ludothécaires pour relever ce défi ! La ludothèque est en effet propice au développement de liens, aux rencontres et au partage et à l’enrichissement des individus autour d’une philosophie d’accueil qui ne se retrouve pas dans d’autres services. La ludothèque offre la particularité de se centrer sur les personnes (du bébé à l’adulte). Elle est donc le lieu où l’interculturel et l’intergénérationnel se côtoient dans le respect des uns et des autres avec la bien traitance  et la bienveillance autour du JEU qui ne devient à ce moment là peut-être qu’un prétexte !  La ludothèque peut aussi devenir l’activité centrale d’un espace 3ème lieu. Pour compléter cet article voir aussi mes autres articles complémentaires  :

Le jeu en médiathèque
Présentation des ludothèques
La ludothèque un enjeu à ne pas négliger
L’itinérance du jeu

Cohabitation des ludothèques et des bibliothèques

Il faut sauter

Faites le Saut

Cohabitation du livre et du jeu

Les médiathèques  voient leurs fonctions évoluer, elles se cherchent dans ces mutations sociales et culturelles. Les ludothèques apparaissent aujourd’hui comme une réponse presque logique à l’existence d’une cohabitation avec les médiathèques. Pourtant, il est nécessaire de rappeler que dans les années 1980 à 1990, les politiques en vogue sur le développement de « Nouvelles » médiathèques avec de « Nouvelles » constructions parfois majestueuses, pour renforcer l’image urbaine de la ville, ont  à cette période, ignoré, parfois même dénigré le travail des ludothèques. Celles-ci ont de ce fait peiné à évoluer avec de modestes  moyens au regard de ceux attribués aux médiathèques. Beaucoup de villes (trop certainement) ne se sont, à ce jour, toujours pas dotées de ludothèques ! Je suis tentée d’ajouter hélas !

LA LUDOTHEQUE EST UN OUTIL A VALORISER

La volonté et la motivation de nombreux ludothécaires et la force du réseau ont malgré tout permis de développer de nombreuses structures sur le territoire, j’ajouterai presque  « contre vents et marées » parfois !

La France compte cependant 1200 ludothèques et 40% d’entre-elles sont publiques (source ALF).

Certains élus ne comprennent toujours pas  pourquoi les ludothèques rencontrent un tel succès et sont autant fréquentées. J’en suis toujours étonnée moi-même (non pas que les ludothèques soient aussi fréquentées, mais que des élus pensent ceci !) .

Comment peut-on encore nier l’apport du jeu et du jouet dans notre société ? Juste pour info un Musée parisien est consacré à cet art :

Musée de l’art ludique

Pourquoi les pouvoirs publics accordent-ils aussi peu d’importance au premier outil d’acculturation de l’enfant, celui qui va l’amener à découvrir et comprendre le monde, celui qui va lui faire découvrir la lecture? Pourquoi les pouvoirs publics s’intéressent-ils aussi peu à un domaine qui est en plein développement et qui favorise l’autonomie de l’individu, l’intégration, son éducation, son enrichissement ? Il est utile de considérer le nombre de métiers et par conséquence de professionnels qui utilisent le jeu dans leurs activités développées auprès des personnes. Les ludothécaires apportent un soutien à une multitude de professionnels, je ne vais en citer que quelques uns :

  • Puéricultrices, auxiliaires de puériculture,
  • Assistants maternels, parents, grands-parents (qui ont la garde d’enfants),
  • Éducateurs de jeunes enfants, éducateurs spécialisés,
  • Moniteurs  éducateurs, animateurs,
  • Professeurs des écoles, instituteurs, enseignants spécialisés, ATSEM,
  • Travailleurs familiaux,
  • Psychologues, psychiatres,
  • Orthophonistes, psychomotriciens, psychopédagogues, ergothérapeutes, kiné…,
  • Médecins, pédiatres,…
  • Historiens du jeu, chercheurs, ethnologues,
  • Universitaires, étudiants, formateurs en RH,
  • Industriels, créateurs, artisans, commerciaux,…

Les ludothécaires  devraient  communiquer plus sur tout le travail assuré auprès de nombreux organismes et leurs publics. L’impact de l’utilisation du jeu varie donc  selon le milieu dans lequel il est valorisé et utilisé. Sa finalité en est modifiée,  reste néanmoins que le ludothécaire a un rôle important dans les différentes approches de ces pratiques.

Le ludothécaire doit avoir des connaissances sur les spécificités des besoins des personnes et sur les pratiques du jeu. Il est en capacité de développer des collections de jeux et de jouets en adéquation avec tous ces besoins. Il apporte  des conseils pertinents aux professionnels que ce soit dans  le domaine de la psychologie que celui de la santé ou encore les secteurs liés aux  activités sociales, culturelles, éducatives, touristiques, scientifiques,..

Les ludothèques ont su s’adapter aux mutations et leurs compétences se développent au fil de leurs évolutions. Il est seulement dommage, que certains responsables politiques n’aient pas  senti cette tendance dès les années 80 et 90, et même ensuite vers les années 2000 pourtant prometteuses, mais il n’est pas trop tard !

Il conviendrait que dans leurs projets politiques, ils ne voient plus les ludothèques comme une réponse « bouche-trou » à des politiques en pleines mutations : TAP, bibliothèques médiathèques en mutation, violences dans les quartiers…mais qu’ils voient la ludothèque comme un véritable service à la population. Certains Elus l’ont bien compris et mettent des moyens pour les développer.

La ludothèque est un formidable outil, dont les objectifs doivent être intégrés aux réflexions des politiques urbaines, sociales, éducatives et culturelles en prenant en compte leurs fonctions et en leur donnant des ressources à la hauteur des ambitions.

Les Villes voient leurs budgets sacrifiés de par le désengagement de l’Etat sur certains domaines, et doivent repenser leurs projets pour calculer au plus juste leurs répartitions budgétaires tout en ne perdant pas de vue leurs objectifs auprès des populations qui par ailleurs, paient des impôts et attendent des services de proximité. En période de crise, l’heure est donc de repenser des projets plus tournés vers les  besoins de la population, plutôt qu’à des opérations de prestige et de communication.

DÉVELOPPER UNE POLITIQUE DU JEU

position of stones during go game playingIl conviendrait de s’intéresser aux politiques du jeu complémentaires à celle du livre, toutes aussi efficaces  à « Élever » l’individu et à le structurer d’un point de vue social, culturel, éducatif et psychologique. Il ne faut pas perdre de vue que le jeu est le premier outil d’acculturation de  l’enfant, et qu’il est un préalable important à la lecture.

Développer  des ludothèques structurées dans les communes, les quartiers et dans les cœurs de villes a un impact sur la vie des personnes pour leur éducation. Ceci n’est pas à négliger, surtout dans le contexte actuel.

Je lance cette réflexion comme une petite goutte d’eau dans la mer. Mais, si cette réflexion pouvait avoir un impact aussi petit soit-il, je me dis que ce sera toujours çà !

J’ai commencé à travailler dans le milieu des ludothèques dans les années 79. J’ai eu la chance de travailler dans différents milieux : ludothèque de quartier difficile, ludothèque à l’hôpital, ludothèque de centre ville, ludothèque en école de sourds muets, ludothèque dans des campings, ludothèque en ONG, ludothèque de cœur de ville, j’ai animé de multiples ateliers auprès de personnes fragilisées et malmenées par la vie (accident, handicap, déficiences intellectuelles ou physiques…) et j’ai pu observer que le jeu était un formidable outil pour tous. C’est l’outil de la liberté et de la réparation.  J’ai pu observer l’apport bénéfique de ces ludothèques auprès des personnes. Je ne peux aujourd’hui que les défendre et valoriser leurs actions comme un acte engagé, responsable et efficace sur le terrain.

Une ludothèque, c’est une arme de paix dans un quartier, un outil de médiation formidable, un lieu sécurisant, un lieu de parole, un lieu de réconfort, un lieu de rencontre, un lieu de tolérance, un lieu de partage, un lieu de convivialité, un lieu de joie, un lieu de détente, un lieu de découverte, un lieu d’éducation, un lieu d’ouverture culturelle, d’éducation, de réparation des bobos de la vie ….etc… Comment peut-on encore aujourd’hui accorder aussi peu de crédibilité à ces structures qui portent à bout de bras toutes ces actions en faveur des populations ?

La philosophie des ludothèques est centrée sur l’accueil des personnes, quelques soient leurs profils, leurs faiblesses, leurs difficultés, leurs compétences, leurs capacités,… On y accueille les personnes telles qu’elles sont !  Les ludothèques offrent un espace de décompression, pour se détendre et partager de bons moments avec d’autres autour du jeu.  Le ludothécaire fait du lien dans son quartier, sa commune, sa communauté de communes, sa ville…

Le ludothécaire accueille, il est là auprès des personnes, auprès des habitants, il les écoute, partage, réconforte parfois, enrichit, conseille et oriente.

LE JEU ET LE LIVRE

livre et jeu

L’intégration du support livre en ludothèque et du support jeu en  médiathèque peut s’avérer pertinente à condition qu’elle soit bien réfléchie et qu’autant de crédit soit porté au jeu, qu’au livre, d’autres supports peuvent être associés. Actuellement on évoque ce service comme le 3ème lieu. Mais pourquoi 3ème ? Ceci sous entend qu’il y en ait 2 autres. En effet, Ray Oldenburg qui a imaginé ce concept dans les années 80, indiquent que les 2 premiers sont la maison et le travail (ou l’école), le 3ème lieu et un espace où les populations se retrouvent pour exercer une liberté de choix d’activité culturelle et sociale.

Dans les villages, ou dans les quartiers de villes, il est en effet intéressant d’ouvrir un service central (spacieux) permettant de se retrouver pour y faire des activités variées (lecture, jeux dont jeux vidéo, multimédia, apprentissages divers comme les langues ou autres…) – on retrouve ceci dans les centres sociaux ou autres organismes qui ont vocation a proposer des activités ou supports de culture aux habitants.

Des Ludo-Bibliothèques ou des biblio-ludothèques fonctionnent déjà depuis de nombreuses années. Dans notre région des Pays de la Loire, des Villes se sont lancées. Par exemple à Saint Herblain, La Roche sur Yon,  Château du Loir, Sainte Luce sur Loire,…  et pas très loin, Niort, mais aussi ailleurs, Tourcoing ou la Grande motte, dans la région parisienne à Fosses, ou encore  au Québec ou ailleurs…

Plusieurs possibilités existent  :

1/ Cohabitation de 2 services indépendants : ludothèque, bibliothèque. Coller un service à côté d’un autre,

2/ Cohabitation de 2 services dépendants de la même hiérarchie, ceci permet de rationaliser les moyens : espaces, budgets, ressources humaines, mais si les supports culturels restent séparés, ceci rejoint la première possibilité…reste néanmoins l’avantage pour le public de pouvoir fréquenter 2 services proches,

3/ cohabitation de la ludothèque à une médiathèque ou d’un espace bibliothèque à une ludothèque, ceci nécessite de repenser les fonctions des locaux et les concepts de fonctionnement qui étaient plutôt basés sur la séparation des supports, donc des métiers par secteurs. La nouveauté implique de revoir les espaces en fonction des catégories de publics, de leurs besoins et des interactions envisageables. Ceci implique de mettre à disposition les supports complémentaires que peuvent être les livres, DVDroms, jeux, albums… sur un même espace et de donner les mêmes moyens au jeu qu’aux autres supports, et plus d’espaces, ce qui est une étape difficile lors de cette mutation.

Si vous êtes dans cette dynamique de vouloir se faire, se côtoyer,  le jeu et le livre, alors pensez que le jeu prend plus de place que le livre dans son utilisation, il génère aussi plus de bruits. Il est donc nécessaire d’intégrer ces 2 contraintes pour réussir cette cohabitation. Les sections d’études devront donc être isolées pour laisser place au lieu vivant en place centrale autour des jeux, des albums, de la musique, etc…

Il convient d’amorcer une réflexion sur l’aménagement de vos espaces en intégrant une offre culturelle adaptée à l’accueil des catégories de publics tout en offrant tous les supports culturels qui deviennent ainsi complémentaires, le livre et le jeu, la musique, albums, vidéo et autres outils par catégories de publics et de limiter les forêts de livres telles qu’elles sont proposées dans beaucoup d’établissements…

J’imagine de beaux espaces  pour que le public se sente « comme à la maison » avec des micro espaces confortables multipliés. Le 3ème lieu (concept né dans les années 80 en Floride par Ray Oldenburg) devrait tenir ses promesses sous diverses conditions. Les collectivités doivent notamment prendre en compte les évolutions sociétales pour  :

  • affiner leurs offres culturelles aux nouveaux besoins des populations,
  • offrir aux publics des lieux où chacun peut trouver sa place,
  • penser à préserver la liberté de choix des supports et des pratiques culturelles,
  • apporter des réponses dans un secteur géographique proche (service de proximité),

Plusieurs facteurs doivent être concomitants pour réussir le développement d’un 3ème lieu :

  1. Etre un espace neutre et vivant,
  2. Avoir des habitués qui le fréquentent,
  3. Bénéficier d’une atmosphère de détente, conviviale, un peu comme à la maison,
  4. Favoriser la joie et chaleur humaine, bien accueillir,
  5. Avoir le sentiment d’appartenance à une communauté,
  6. Permettre de vivre des expériences nouvelles, fantaisistes qui surprennent,
  7. Proposer un cadre propice aux rencontres et aux échanges,
  8. Renforcer la cohésion sociale par les liens intergénérationnels et interculturels,

Ray Oldenburg indique que différents types de lieux font office de 3ème lieu : le café, le co-working, la maison de quartier,…Les médiathèques et les ludothèques pourraient élargir leurs compétences en s’adaptant aux nouveaux besoins des populations.

Comment faire ?

Tout d’abord, il convient d’imaginer au moins 10 à 12 micro-espaces intégrant des espaces du jeu conjointement lié au lire pour chaque catégorie d’utilisateurs. Ce matériel reste sur place  et maintient une offre hautement qualitative. Les jeux et jouets à emprunter sont installés près de l’accueil. Ceci permet de mieux gérer la problématique de la maintenance des collections.

Vous pouvez consulter l’article consacré à l’aménagement d’une ludothèque. Il pourra vous aider à comprendre les problématiques liées au jeu et surtout d’entrevoir les besoins des individus en fonction de leur développement.  Il convient pour vous de prévoir plusieurs micro-espaces avec des coins dans lesquels des jouets/jeux/ livres peuvent être mis à disposition de vos publics, le mobilier sur roulettes offrent aussi des possibilités de propositions ludiques ainsi que des corbeilles de jeux posées sur les tables, des présentoirs,… l’idée étant que chacun trouve sa place et s’installe selon ses envies ou besoins.

Par ailleurs, le jardin est un espace inclusif qui offre de multiples possibilités à voir aussi l’article sur l’aménagement d’une ludothèque.

De l’autre côté de l’hexagone, certains se sont prêtés au jeu ! Ils ont imaginé un espace et l’ont réalisé :

Bibliothèque Monique Corriveau au Québec

Bibliothèque de Hjorring au Danemark

Autres sites en France :

Et enfin la bibliothèque 3ème lieu de Saint Aubin du Pavail qui a développé de nombreux projets intéressants pour les populations dans un esprit convivial.

Bibliothèque 3ème lieu de Saint Aubin du Pavail

Autre info :

Beaucoup de ludothèques côtoient les bibliothèques, c’est le cas de la ludothèque de Bourg Saint Maurice. La Communauté de communes a construit 2 espaces culturels rapprochant ainsi le livre et le jeu.

A l’ONG A.V.E.C. à Battambang  au Cambodge, un fonds livres est développé en lien avec un fonds de jeux et de jouets au sein du refuge d’enfants

A lire aussi les ouvrages divers sur le 3ème lieu :

L’ouvrage intitulé Bibliothèque 3ème Lieu, sous la direction d’Amandine Jacquet

Autre outil : l’étude intitulée « Jeu et Bibliothèque : Pour une conjugaison fertile » réalisée par l’Inspection générale des bibliothèques. Les centres universitaires formant au métier de ludothécaires et autres acteurs du domaine très spécifique des ludothèques et du jeu auraient pu être associés à cette étude pour apporter un éclairage sur la pratique du jeu et ce qu’elle implique en dehors du champ théorique

Voir aussi l’article suivant :  Allons jouer à la bibliothèque – Gazette des communes

et les travaux d’études suivants :

DARFEUILLE, Claire. La biblio-connection concilie le livre, l’écran et le jeu [en ligne]. Paris : Goethe-Institut, 2014.

STAMPFL, Nora S. La ludification du savoir – Les bibliothèques se transforment en espaces ludiques [en ligne]. Paris : Goethe-Institut, 2014.

ALVES, Colette. Le jeu, l’écran, la bibliothèque : Journée d’étude, Alfortville (94), 2 avril 2012. Bibliothèque(s) [en ligne], 2012, n. 64, p. 64-65.

DRES, Hélène. Le jeu et la bibliothèque, un outil pour changer d’image ou un réel changement ? [en ligne]. Mémoire de Master II, Sciences Humaines et Sociales, mention Sciences de l’information et de la communication, parcours Métiers du Livre, option Bibliothèque. Saint-Cloud : Université Paris Ouest – Nanterre – La Défense, 2010.

Vous pouvez me contacter pour mettre en lien votre structure ou compléter cet article par votre contribution.

Merci d’avance,

ogerpatricia@orange.fr

Présentation des ludothèques

LA LUDOTHEQUE, UN ESPACE D’EXPRESSION ET D’INTERPRETATION

La ludothèque est un pôle de ressources ludiques géré par des ludothécaires. C’est un espace dédié aux jeux et aux jouets où se pratiquent  le jeu sur place en offrant une large palette de propositions de mises en jeu et,  du prêt de jeux et de jouets.

La philosophie de la ludothèque est autour de la liberté de choix, du partage, de l’échange, de la découverte…en JOUANT avant tout POUR LE PLAISIR !

On peut y proposer également de la médiation culturelle par le jeu, des expositions, des animations, des spectacles (micro-scène),  Sa structuration autour du jeu (pour jouer)  lui permet d’accueillir du public de tous les âges. Ainsi, elle participe à l’épanouissement et à l’éducation de l’individu quel que soit son statut : bébé, enfant, ado, adulte, sénior, mais aussi personnes valides ou non valides et/ou issues de cultures et de milieux sociaux différents, parents, ou encore professionnels utilisant le jeu dans leurs activités ou groupes…

Espace de découverte, lieu de détente et de divertissement, la ludothèque implantée dans une commune, un quartier ou en cœur de ville favorise les échanges intergénérationnels et interculturels, créateurs de lien social.

La réflexion autour de la mise en jeu est très importante, car c’est ce qui va permettre à chacun de trouver sa place, selon ses désirs et ses attentes, sa liberté de choix. L’espace du jardin de la ludothèque ouvre des champs d’exploration complémentaires à ceux qui se trouvent à l’intérieur ou en itinérance. C’est un tout !

L’axe principal de la ludothèque est donc bien de favoriser le JEU sous toutes ses formes pour en faire des espaces relationnels.

Grâce aux propositions de jeux multiples, la ludothèque facilite la socialisation. Outil d’apprentissage et de transmission des savoirs, par l’expérimentation, elle offre  ainsi un lieu de découverte, de connaissances et d’enrichissement grâce au jeu.

La ludothèque a pour fonction de promouvoir le jeu comme objet de notre culture. Pour reprendre le concept de Nathalie Roucous, elle a pour vocation de «donner à jouer». Véritable lieu d’expression et d’interprétation, espace libre où chacun peut s’adonner à l’activité de son choix, elle permet notamment aux enfants d’accéder à leur autonomie. Organisée dans une logique de développement durable grâce au partage des biens, la ludothèque participe également à la conservation du patrimoine en favorisant la transmission et l’enrichissement de la culture ludique.

Par sa spécificité, la ludothèque est  un espace public capable de répondre aux besoins des populations (de l’enfant à l’adulte sénior). Une ludothèque  est donc un véritable atout pour une ville, une commune, un quartier, une communauté d’agglomération ou de communes, un département…

Elles se développent sous différentes formes et peuvent être associées dans un 3ème lieu :

  • Les ludothèques indépendantes,
  • Les ludothèques associées,
  • Les ludothèques intégrées,
  • Les ludothèques itinérantes,
  • Les ludothèques éphémères…

Il ne faut pas confondre, les placards de jeux, les espaces de jeux et les ludothèques (comme il ne faut pas confondre sa bibliothèque de salon, le service documentation d’une école, une bibliothèque de quartier et une médiathèque…). Chaque entité peut avoir une fonction différente, néanmoins les unes peuvent-être complémentaires des autres.

enfant empilant des formes en bois

Afin qu’elle trouve sa place ou qu’elles trouvent leur place dans la cité, il convient de reconnaître les ludothèques comme des équipements à part entière et de leur donner les moyens suffisants pour assurer leur fonctionnement, comme les bibliothèques,  les écoles d’arts ou les écoles de musiques ou n’importe quel autre équipement culturel. Une ludothèque trouve sa crédibilité grâce au soutien des élus locaux, aussi (et surtout) en bénéficiant de moyens pour développer son offre de service. Beaucoup de villes se lancent dans la construction de bâtiments pour abriter leur ludothèque notamment avec le concept 3ème lieu. C’est nouveau pour ce secteur culturel.

Une ludothèque peut aussi s’envisager dans des espaces plus atypiques comme par exemple un domaine-hôtel, une ancienne grange transformée en ludothèque en milieu rural, ouverte au grand public…ou encore une auberge, voir les liens des sites :

Le 3ème lieu apparaît aussi comme le nouveau terrain de développement pour les ludothèques qui sont vraiment appropriées pour l’intégrer, car le support jeu est vraiment associé aux valeurs portées par le 3ème Lieu (voir la formation que je propose sur ce sujet)

EVOLUTION HISTORIQUE DES LUDOTHEQUES

La première ludothèque voit le jour en 1934 à Los Angeles. En Europe, c’est le Danemark qui montre la voie en 1959, suivi de près par la Suède en 1963.

En France, l’Association culturelle bourguignonne de Dijon prend l’initiative de créer une ludothèque en 1967.

Peu à peu, les ludothèques se développent et le mouvement se structure.

En 1979, la France compte 80 ludothèques. A cette période, je travaillais à la Ludothèque de Poitiers qui avait 2 entités, l’une Avenue Kennedy et l’autre dans une école de sourds muets, avenue de la Libération. C’est l’année où l’Association des Ludothèques Françaises est née.

A ce jour, L’ A.L.F : Association des Ludothèques Françaises, dont le siège est à Paris, dénombre 1200 ludothèques. 57% des ludothèques sont développées dans le milieu associatif par exemple sur des initiatives de jeunes parents ou de collectifs avec les micro-projets dans des quartiers ou le développement de structures itinérantes en milieu rural. Des ludothèques associatives plus importantes se développent parfois en Ville avec des projets proches ou complémentaires des programmes politiques, l’activité peut aussi se développer au sein de maison des jeux, de maisons de quartiers, de collèges, d’hôpitaux, d’écoles spécialisées.

Il est à noter par ailleurs, que 40% d’entre-elles sont publiques, c’est une tendance qui se développent largement. Ce chiffre est en nette progression depuis plusieurs années. Les villes intègrent de plus en plus ces équipements dans leur programme politique, peut-être grâce aux formations de ludothécaires (Cholet, Bordeaux, Lyon, Paris). De plus en plus de professionnels formés intègrent ou développent des ludothèques. 3% des ludothèques se développent dans le secteur privé. Les ludothèques se développent aussi dans les médiathèques. Fait nouveau des « 3ème lieu », tiers lieu ou Lieu unique apparaissent et intègre des supports multiples : musique, livre, jeu, jouet, micro-scène, ..mais aussi offrent des espaces multifonctionnels et des pratiques plurielles.

12 Associations Régionales animent le réseau des ludothèques adhérentes. (Source Association des Ludothèques Françaises).

Certaines associations régionales sont plus dynamiques que d’autres, leurs réseaux étant mieux structurés avec des professionnels plus militants, volontaires et disponibles.

Le réseau de la région Bretagne a par exemple travaillé à la réalisation avec la CAF a l’écriture d’un document intitulé « Mises en jeux » – La ludothèque, un espace de lien social et de soutien à la fonction parentale qu’il est possible de télécharger.

Le référentiel des Ludothèques a été mis a jour en 2023 et est un document qui a vocation a encadré le fonctionnement des ludothèques et le travail des ludothécaires. L’objectif à moyen terme sera aussi de pouvoir labelliser les structures afin qu’elles aient les moyens de fonctionner. Accéder au site de l’ALF pour télécharger le référentiel

L’Association internationale des ludothèques : ITLA

L’ITLA organise un congrès tous les 3 ans qui rencontre un grand succès.

  • 1990: 4415 ludothèques sont recensées dans le monde.
  • 1993: le 6ème congrès international se déroule en Australie à Melbourne et rassemble 537 personnes.
  • 1996: le 7ème congrès a lieu à Zurich en Suisse. 350 personnes de 27 pays y participent.
  • 1999: Le 8ème congrès se déroule à Tokyo au Japon et accueille 592 personnes de 23 pays, cette même année une fête internationale du jeu est imaginée.
  • 2002: le 9ème congrès se déroule à Lisbonne au Portugal, avec 339 personnes de 22 pays.
  • 2005: c’est en Afrique du Sud que le 10ème congrès a lieu avec 270 participants de 24 pays différents. 5 357 ludothèques sont recensées dans le monde.
  • 2008: le 11ème congrès international des ludothèques se déroule du 13 au 17 octobre au centre des congrès de la cité des sciences et de l’industrie de la Villette de Paris. Il a permis de rassembler 613 participants de 35 pays. 
  • 2011: le 12ème congrès s’est déroulé à Sao Paulo au Brésil avec 361 participants venus de 15 pays
  • 2014: le 13ème congrès a eu lieu à Séoul en Corée du sud.
  • 2017: Le 14ème congrès a été organisé au Pays-Bas avec 106 participants de 20 pays.
  • 2019: Le 15ème congrès des ludothécaires a eu lieu à Johannesburg en Afrique du Sud du 9 au 13 juillet. Extrait de la vidéo

Congrès de Johannesburg

  • 2023 : le 16ème congrès de l’ITLA a eu lieu à Melbourne en Australie.

Initiée par l’ITLA, depuis 2001, la  Fête MONDIALE du jeu  a lieu chaque année le dernier week-end de mai. Ce rendez-vous rassemble autour du jeu les populations dans bon nombre de pays. En France cette journée est très fêtée. Les ludothèques françaises se mobilisent et organisent de nombreux événements autour du jeu. Une occasion pour elles de se rendre visibles en dehors de leurs murs.

l’ITLA recense plus de 10 000 ludothèques dans le monde

Site de l’association des ludothèques internationales : ITLA

La ludothèque un enjeu politique à ne pas négliger

Table de Jeux pour les tout petits

La ludothèque n’est pas que pour les tout-petits !

La réussite du  fonctionnement d’une ludothèque est le résultat de plusieurs facteurs concomitants.

Pour avoir visité bon nombre de ludothèques en France et à l’étranger,  avec différents statuts (ludothèques municipales, communautaires, associatives, privées, ludothèques indépendantes ou intégrées, itinérantes…) j’ai pu observer que leur réussite était la conséquence positive d’équilibres entre plusieurs axes :

– La volonté qu’ont leurs créateurs (autour du projet collectif), de la voir exister et se développer (comme un enfant – pour la métaphore). Ceci fait donc référence à la fois au désir, mais cela ne suffit pas, il faut se donner les meilleures chances pour la voir grandir avec bienveillance !

– Les moyens qui doivent être en adéquation avec les objectifs, en particulier il faut bénéficier  de locaux spacieux, agréables et fonctionnels, d’un budget pour assurer investissement et fonctionnement en adéquation avec les objectifs de la structure (projet social, éducatif et culturel),

– Le personnel doit être formé, en effet, avoir des agents  plein de bonne volonté  ne suffit pas toujours. Il est nécessaire de se former en participant à des stages, des formations diplômantes,  des colloques, échanges entre professionnels…. Il existe des journées de formation et notamment une Licence ludothécaire et médiation par le jeu à l’IUT Montaigne Bordeaux 

– La qualité de service doit être une priorité. Ceci peut paraître simple, mais pas toujours au rendez-vous dans la pratique.

A noter : La ludothèque est souvent, de façon très réduite, vue comme un service d’animation pour la petite enfance. La réalité en est toute autre. Il convient de voir concrètement ce que peut apporter une ludothèque dans un quartier, un village, une ville, …C’est un véritable lieu de vie, d’échanges, de rencontres, de soutien, d’écoute, de conseil, …un espace public vivant à la fois interculturel et intergénérationnel.

Jeu de Go

Jeu de Go

Le travail des ludothèques n’est pas toujours visible et  mis sous les feux de la rampe. Elles ne bénéficient malheureusement pas des mêmes moyens que leurs grandes sœurs culturelles (écoles de musique, bibliothèques, écoles d’art plastique, théâtres… qui ont des moyens importants), et c’est bien dommage, car elles participent parfois tout autant, voire sinon plus à la construction des liens sociaux entre les populations. Elles  participent aussi au  « mieux vivre ensemble ». L’avantage, c’est qu’en ludothèque, l’accueil n’est pas seulement tourné vers l’activité, mais il est  aussi centré sur les personnes, les accueils sont plus personnalisés et moins anonymes.

Certaines personnalités politiques, ont cependant une véritable volonté de développer leur ludothèque en  y accordant un peu plus de crédibilité. Ceux-ci ont fait un choix non négligeable et les ludothèques de ces villes sont en général très dynamiques  (Cholet, Issy les Moulineaux, Bordeaux, Toulouse, Auterive ….), elles sont d’ailleurs classées parmi les plus grandes de France. Certaines villes  ne souhaitent  pas développer ce type de structures et se privent réellement de ce bel outil – mépris ou méconnaissance de leurs apports ?  D’autres encore ignorent totalement leur existence, même si ça tend fortement à  évoluer, heureusement.

Autre tendance actuelle, les Médiathèques voient leurs fonctions évoluer et se tournent vers l’intégration du service de la ludothèque, ceci devrait donc participer à leur notoriété à condition de préserver leur  spécificité autour du jeu et de la valoriser pleinement. Voir article sur ce sujet :

La cohabitation des ludothèques et des bibliothèques Kinder mit einem Dosentelefon

Les ludothécaires doivent se montrer convaincants  pour créer des ludothèques ou développer leurs structures à la hauteur de leurs espérances et  faire du travail de qualité en valorisant leurs actions.

Les hommes ou les femmes politiques doivent leur faire confiance, en intégrant ces services à leur programme politique et leur donner des moyens équivalents aux autres services culturels pour développer de belles ludothèques qui apporteront un véritable service à la population.

C’est une rencontre qui doit se faire, si l’on veut créer des services performants au bénéfice des populations qui en ont vraiment besoin, surtout dans le cadre des mutations micro-sociétales – C’est l’objectif principal – n’est-ce pas ? Offrir des espaces publics pour tous !

Il y a encore beaucoup de travail à faire ! La France compte 36000 communes et seulement 1200 ludothèques  !  C’est peut-être un enjeu fort dans le cadre de prochaines élections.

Les projets de création de ludothèques devraient donc s’inscrire spontanément sur la liste des actions à réaliser dans le cadre des politiques urbaines, des politiques rurales et surtout les politiques communautaires.

D’autant que la C.A.F. apporte une aide conséquente à la création de ludothèque voir le lien aide de la CAF

Voilà peut-être de quoi susciter l’éveil des Elus Français en la matière.

Voir aussi un autre article sur la présentation des ludothèques :

Patricia OGER,  Consultante et Formatrice en ludothèques