• Cohabitation des ludothèques et des bibliothèques

    Posted on 24 janvier 2015 by Patricia in Formation ludothécaire, Jeu et Livre, Ludothèque et bibliothèque, Projet de ludothèque.
    Il faut sauter
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    Cohabitation du livre et du jeu

    Les médiathèques  voient leurs fonctions évoluer, elles se cherchent dans ces mutations sociales et culturelles. Les ludothèques apparaissent aujourd’hui comme une réponse presque logique à l’existence d’une cohabitation avec les médiathèques. Pourtant, il est nécessaire de rappeler que dans les années 1980 à 1990, les politiques en vogue sur le développement de « Nouvelles » médiathèques avec de « Nouvelles » constructions parfois majestueuses, pour renforcer l’image urbaine de la ville, ont  à cette période, ignoré, parfois même dénigré le travail des ludothèques. Celles-ci ont de ce fait peiné à évoluer avec de modestes  moyens au regard de ceux attribués aux médiathèques. Beaucoup de villes (trop certainement) ne se sont, à ce jour, toujours pas dotées de ludothèques ! Je suis tentée d’ajouter hélas !

    LA LUDOTHEQUE EST UN OUTIL A VALORISER

    La volonté et la motivation de nombreux ludothécaires et la force du réseau ont malgré tout permis de développer de nombreuses structures sur le territoire, j’ajouterai presque  « contre vents et marées » parfois !

    La France compte cependant 1200 ludothèques et 40% d’entre-elles sont publiques (source ALF).

    Certains élus ne comprennent toujours pas  pourquoi les ludothèques rencontrent un tel succès et sont autant fréquentées. J’en suis toujours étonnée moi-même (non pas que les ludothèques soient aussi fréquentées, mais que des élus pensent ceci !) .

    Comment peut-on encore nier l’apport du jeu et du jouet dans notre société ? Juste pour info un Musée parisien est consacré à cet art :

    Musée de l’art ludique

    Pourquoi les pouvoirs publics accordent-ils aussi peu d’importance à un domaine qui est en plein développement ? Il est utile de considérer le nombre de métiers et par conséquence de professionnels qui utilisent le jeu dans leurs activités développées auprès des personnes.

    Les ludothécaires devraient continuer de valoriser auprès d’eux l’image de la ludothèque tournée vers le secteur de la petite enfance parce que son action est importante dans la construction de l’individu dès son plus jeune âge, mais les ludothécaires devraient surtout communiquer sur le travail assuré auprès de nombreux organismes.

    Les ludothécaires apportent un soutien à une multitude de professionnels, je ne vais en citer que quelques uns :

    • Puéricultrices, auxiliaires de puériculture,
    • Assistants maternels, parents, grands-parents (qui ont la garde d’enfants),
    • Éducateurs de jeunes enfants, éducateurs spécialisés,
    • Moniteurs  éducateurs, animateurs,
    • Professeurs des écoles, instituteurs, enseignants spécialisés, ATSEM,
    • Travailleurs familiaux,
    • Psychologues, psychiatres,
    • Orthophonistes, psychomotriciens, psychopédagogues, ergothérapeutes, kiné…,
    • Médecins, pédiatres,…
    • Historiens du jeu, chercheurs, ethnologues,
    • Universitaires, étudiants, formateurs en RH,
    • Industriels, créateurs, artisans, commerciaux,…

    L’impact de l’utilisation du jeu varie donc  selon le milieu dans lequel il est valorisé et utilisé. Sa finalité en est modifiée,  reste néanmoins que le ludothécaire a un rôle important dans les différentes approches de ces pratiques.

    Le ludothécaire a des connaissances, non seulement sur les spécificités des besoins des personnes, mais aussi sur les pratiques du jeu. Il est en capacité de développer des collections de jeux et de jouets en adéquation à tous ces besoins. Il apporte  des conseils pertinents aux professionnels que ce soit dans  le domaine de la psychologie que celui de la santé ou encore les secteurs liés aux  activités sociales, culturelles, éducatives, touristiques, scientifiques,..

    Comme les bibliothèques-médiathèques, les ludothèques ont su s’adapter aux mutations et leurs compétences se développent au fil de leurs évolutions. Il est seulement dommage, que certains responsables politiques n’aient pas  senti cette tendance dès les années 80 et 90, et même ensuite vers les années 2000 pourtant prometteuses, mais il n’est pas trop tard !

    Il conviendrait que dans leurs projets politiques, ils ne voient plus les ludothèques comme une réponse « bouche-trou » à des politiques en pleines mutations : TAP, médiathèques qui se vident, violences dans les quartiers…mais qu’ils voient la ludothèque comme un atout à valoriser au bénéfice de leurs populations.

    La ludothèque est un formidable outil, mais il est nécessaire de lui donner les bons moyens pour fonctionner. Ceci nécessite donc de les intégrer aux réflexions des politiques urbaines, sociales, éducatives et culturelles en prenant en compte leurs fonctions et en leur donnant des ressources à la hauteur des ambitions.

    Les Villes voient leurs budgets sacrifiés de par le désengagement de l’Etat sur certains domaines, et doivent donc repenser leurs projets pour calculer au plus juste leurs répartitions budgétaires tout en ne perdant pas de vue leurs objectifs auprès des populations qui par ailleurs, paient des impôts et attendent des services de proximité.

    En période de crise, l’heure est donc de repenser des projets plus tournés vers les  besoins de la population, plutôt qu’à des opérations de prestige et de communication.

    DÉVELOPPER UNE POLITIQUE DU JEU

    position of stones during go game playing

    S’intéresser aux politiques du livre est une excellente chose pour l’éducation et l’enrichissement des individus, mais il conviendrait de s’intéresser dans les mêmes proportions aux politiques du jeu complémentaires à celle du livre et qui sont toutes aussi efficaces  à « Élever » l’individu et à le structurer d’un point de vue social, culturel, éducatif et psychologique. Il ne faut pas perdre de vue que le jeu est le premier outil de l’enfant.

    Développer  des ludothèques structurées dans les communes, les quartiers et dans les cœurs de villes a un impact sur la vie des personnes et leur capacité à vivre ensemble. Ceci n’est pas à négliger, surtout dans le contexte actuel.

    Je lance cette réflexion comme une petite goutte d’eau dans la mer. Mais, si cette réflexion pouvait avoir un impact aussi petit soit-il, je me dis que ce sera toujours çà !

    J’ai commencé à travailler dans le milieu des ludothèques dans les années 79. J’ai eu la chance de travailler dans différents milieux : ludothèque de quartier difficile, ludothèque en hôpital, ludothèque de centre ville, ludothèque  en école de sourds muets, ludothèque dans des campings, ludothèque en ONG, ludothèque de cœur de ville…

    J’ai pu observer l’apport bénéfique de ces ludothèques auprès des personnes. Je ne peux aujourd’hui que les défendre et valoriser leurs actions comme un acte engagé, responsable et efficace sur le terrain.

    Une ludothèque, c’est une arme de paix dans un quartier, un outil de médiation formidable, un lieu sécurisant, un lieu de parole, un lieu de réconfort, un lieu de rencontre, un lieu de tolérance, un lieu de partage, un lieu de convivialité, un lieu de joie, un lieu de détente, un lieu de découverte, un lieu d’éducation, un lieu d’ouverture culturelle, ….etc… Comment peut-on encore aujourd’hui accorder aussi peu de crédibilité à ces structures qui portent à bout de bras toutes ces actions en faveur des populations ?

    La philosophie des ludothèques est centrée sur l’accueil des personnes, quelques soient leurs profils, leurs faiblesses, leurs difficultés, leurs compétences, leurs capacités,… On y accueille les personnes telles qu’elles sont !

    Les ludothèques offrent un espace de décompression, pour se détendre et partager de bons moments avec d’autres autour du jeu.

    Le ludothécaire fait du lien dans son quartier, sa commune, sa communauté de communes, sa ville…

    Le ludothécaire accueille, il est là auprès des personnes, auprès des habitants, il les écoute, partage, réconforte parfois, enrichit, conseille et oriente.


    LE JEU ET LE LIVRE

    livre et jeu

     

    L’intégration du support livre en ludothèque et du support jeu en  médiathèque peut s’avérer pertinente, à condition qu’elle soit bien réfléchie et qu’autant de crédit soit porté au jeu, qu’au livre, d’autres supports peuvent être associés. Actuellement on évoque ce service comme le 3ème lieu. Mais pourquoi 3ème ? Ceci sous entend qu’il y en ait 2 autres. En effet, Ray Oldenburg qui a imaginé ce concept dans les années 80, indiquent que les 2 premiers sont la maison et le travail (ou l’école).

    Dans les villages, ou dans les quartiers de villes, il est en effet intéressant d’ouvrir un service central (spacieux) permettant de se retrouver pour y faire des activités variées (lecture, jeux dont jeux vidéo, multimédia, apprentissages divers comme les langues ou autres…) – on retrouve ceci dans les centres sociaux ou autres organismes qui ont vocation a proposer des activités ou supports de culture aux habitants.

    Des Ludo-Bibliothèques ou des biblio-ludothèques fonctionnent déjà depuis de nombreuses années. Dans notre région des Pays de la Loire, des Villes se sont lancées. Par exemple à Saint Herblain, La Roche sur Yon,  Château du Loir, Sainte Luce sur Loire,…  et pas très loin, Niort, mais aussi ailleurs, Tourcoing ou la Grande motte, dans la région parisienne à Fosses, ou encore  au Québec ou ailleurs…

    Plusieurs possibilités existent  :

    1/ Cohabitation de 2 services indépendants : ludothèque, bibliothèque. Coller un service à côté d’un autre, sans interactions présente à mon sens peu d’intérêt,

    2/ Cohabitation de 2 services dépendants de la même hiérarchie, ceci permet de rationaliser les moyens : espaces, budgets, ressources humaines, mais si les supports culturels restent séparés, ceci rejoint la première possibilité…reste néanmoins l’avantage pour le public de pouvoir fréquenter 2 services proches,

    3/ Intégration de la ludothèque à une médiathèque ou d’un espace bibliothèque à une ludothèque, ceci nécessite de repenser les fonctions des locaux et les concepts de fonctionnement qui étaient plutôt basés sur la séparation des supports, donc des métiers par secteurs. La nouveauté implique de revoir les espaces en fonction des catégories de publics, de leurs besoins et des interactions envisageables. Ceci implique de mettre à disposition les supports complémentaires que peuvent être les livres, DVDroms, jeux, albums… sur un même espace.

    Si vous êtes dans cette dynamique de vouloir se faire, se côtoyer,  le jeu et le livre, alors pensez que le jeu prend plus de place que le livre dans son utilisation, il génère aussi plus de bruits. Il est donc nécessaire d’intégrer ces 2 contraintes pour réussir cette cohabitation. Les sections d’études devront donc être isolées pour laisser place au lieu vivant en place centrale autour des jeux, des albums, de la musique…etc

    Il convient d’amorcer une réflexion sur l’aménagement de vos espaces en intégrant une offre culturelle adaptée à l’accueil des catégories de publics tout en offrant tous les supports culturels qui deviennent ainsi complémentaires, le livre et le jeu, la musique, albums, vidéo et autres outils…

    J’imagine de beaux espaces  pour que le public se sente « comme à la maison » avec des micro espaces confortables multipliés. Le 3 ème lieu (concept né dans les années 80 en Floride par Ray Oldenburg) devrait tenir ses promesses sous diverses conditions. Les collectivités doivent notamment prendre en compte les évolutions sociétales pour  :

    • affiner leurs offres culturelles aux nouveaux besoins des populations,
    • offrir aux publics des lieux où chacun peut trouver sa place,
    • penser à préserver la liberté de choix des supports et des pratiques culturelles,
    • apporter des réponses dans un secteur géographique proche (service de proximité),

    Plusieurs facteurs doivent être concomitants pour réussir le développement d’un 3ème lieu :

    1. Etre un espace neutre et vivant,
    2. Avoir des habitués qui le fréquentent,
    3. Bénéficier d’une atmosphère de détente, conviviale, un peu comme à la maison,
    4. Favoriser la joie et chaleur humaine, bien accueillir,
    5. Avoir le sentiment d’appartenance à une communauté,
    6. Permettre de vivre des expériences nouvelles, fantaisistes qui surprennent,
    7. Proposer un cadre propice aux rencontres et aux échanges,
    8. Renforcer la cohésion sociale par les liens intergénérationnels et interculturels,

    Ray Oldenburg indique que différents types de lieux font office de 3ème lieu : le café, le co-working, la maison de quartier,…Les médiathèques et les ludothèques pourraient élargir leurs compétences en s’adaptant aux nouveaux besoins des populations.

    De l’autre côté de l’hexagone, certains se sont prêtés au jeu ! Ils ont imaginé un espace et l’ont réalisé :

    Bibliothèque Monique Corriveau au Québec

    Bibliothèque de Hjorring au Danemark

    Autres sites en France :

    Et enfin la bibliothèque 3ème lieu de Saint Aubin du Pavail qui a développé de nombreux projets intéressants pour les populations dans un esprit convivial.

    Bibliothèque 3ème lieu de Saint Aubin du Pavail

     

    Autre info :

    A l’ONG A.V.E.C. à Battambang  au Cambodge, un fonds livres est développé en lien avec un fonds de jeux et de jouets au sein du refuge d’enfants

    A lire aussi les ouvrages divers sur le 3ème lieu :

    L’ouvrage intitulé Bibliothèque 3ème Lieu, sous la direction d’Amandine Jacquet

    Autre outil : l’étude intitulée « Jeu et Bibliothèque : Pour une conjugaison fertile » réalisée par l’Inspection générale des bibliothèques. Les centres universitaires formant au métier de ludothécaires et autres acteurs du domaine très spécifique des ludothèques et du jeu auraient pu être associés à cette étude pour apporter un éclairage sur la pratique du jeu et ce qu’elle implique en dehors du champ théorique

     

    Voir aussi l’article suivant :  Allons jouer à la bibliothèque – Gazette des communes

    et les travaux d’études suivants :

    DARFEUILLE, Claire. La biblio-connection concilie le livre, l’écran et le jeu [en ligne]. Paris : Goethe-Institut, 2014.

    STAMPFL, Nora S. La ludification du savoir – Les bibliothèques se transforment en espaces ludiques [en ligne]. Paris : Goethe-Institut, 2014.

    ALVES, Colette. Le jeu, l’écran, la bibliothèque : Journée d’étude, Alfortville (94), 2 avril 2012. Bibliothèque(s) [en ligne], 2012, n. 64, p. 64-65.

    DRES, Hélène. Le jeu et la bibliothèque, un outil pour changer d’image ou un réel changement ? [en ligne]. Mémoire de Master II, Sciences Humaines et Sociales, mention Sciences de l’information et de la communication, parcours Métiers du Livre, option Bibliothèque. Saint-Cloud : Université Paris Ouest – Nanterre – La Défense, 2010.

    Vous pouvez me contacter pour mettre en lien votre structure ou compléter cet article par votre contribution.

    Merci d’avance,

    ogerpatricia@orange.fr

     

2 Responsesso far.

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